Ou comment la sémantique se met au service d'un pouvoir

Dans cet exposé, nous essayons de décortiquer quelques-unes des manipulations du langage autour des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM). Après avoir identifié les manipulations, nous chercherons à qui elles profitent. Nous identifierons ainsi plusieurs des pouvoirs qui ont un intérêt (financier ou intellectuel) à promouvoir cette technique.

1) Qu'est-ce qu'un OGM ?

1.1) Le point de vue de l'industriel

Un grand groupe agrochimique mondial a fait une campagne de publi-information en 1998, où il est dit que « les biotechnologies ont perfectionné les techniques traditionnelles de sélection végétale »[1]. Mais alors, si les biotechnologies ne font que « perfectionner les techniques traditionnelles »[2], les OGM sont essentiellement pareils à ce qu'a donné la sélection variétale qui remonte au néolithique (environ -10.000 ans) ... même si l'on nous dit par ailleurs qu'ils sont qualitativement différents et meilleurs : « Ils développent avec infiniment plus de précision les techniques d'amélioration des végétaux initiées il y a plus de trois millénaires. »[1] ! Il s'agit là d'un quitte ou double : soit les OGM sont pareils et j'arrête ici mon exposé, soit ils diffèrent et cette publicité est mensongère.

Je prétends qu'un OGM diffère des produits de la sélection variétale pour plusieurs raisons.

On pourrait m'objecter qu'une publicité d'une entreprise est, par définition, un outil de propagande, et que l'intérêt financier seul guide le communicateur. Dès lors, il est trop facile de stigmatiser la malhonnêteté des industriels et de lui opposer le beau désintéressement de la recherche publique soucieuse uniquement de faire avancer les connaissances et le bien-être de l'Humanité.

Hélas, la situation est plus complexe, comme le montre le paragraphe suivant.

1.2) Le point de vue du secteur public

M. François Gros est secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences française. On peut donc a priori espérer qu'il est indépendant des pouvoirs financiers. Il a écrit "Depuis des millénaires également, l'homme est biotechnologue. Les gestes du cultivateur, puis ceux de l'horticulteur, le bouturage, le marcottage, le greffage, ou encore ceux de l'éleveur, sont apparus avec la civilisation et se sont très vite affinés avec les progrès de ses moyens et de ses besoins."[3]. Ces propos semblent justifier la publicité sus-mentionnée.

Le paysan, depuis le néolithique, a effectivement fait des croisements entre animaux, entre plantes. En ce sens, il a infléchi la sélection. On a vu plus haut que les OGM ne sont pas la sélection variétale, donc on ne peut pas assimiler l'une à l'autre. De plus il y a un saut qualitatif radical entre les manipulations a priori des biotechnologues et le bouturage de l'horticulteur ou la sélection a posteriori de l'éleveur. Donc quand M. Gros assimile le travail de bouturage aux biotechnologies, ses propos ont clairement pour conséquence (et certainement pour but) d'augmenter l'acceptabilité.

A l'instar de cet éminent scientifique, une bonne partie des scientifiques du secteur public français soutient l'identité entre les OGM et le travail immémorial du paysan ! A l'instar de cet éminent scientifique, une bonne partie des scientifiques du secteur public français soutient l'identité entre les OGM et le travail immémorial du paysan ! Par exemple, Jean-Marc Reichhart, reponsable de l'Institut de Biologie Moléculaire et Cellulaire de Strasbourg ( http://astorg.u-strasbg.fr/) définit un OGM : " Textuellement, un OGM est un Organisme Génétiquement Modifié. Nous sommes tous des OGM par rapport à nos parents et nos enfants sont des OGM par rapport à nous." (cf. http://science-citoyen.u-strasbg.fr/dossiers/ogm/ogm/humeur/hum-reic.html ou sa version cache) ! Le problème est donc complexe et il n'y a pas que le camp des entreprises avides d'argent et le secteur public désintéressé de l'autre puisque cette thèse fausse que les OGM ont toujours été faits par l'homme est défendue aussi par des gens dont on peut espérer qu'ils sont désintéressés, comme M. Reichart.

2) Un exemple d'OGM

Les agriculteurs biologiques utilisent depuis plus de 70 ans une protéine émise par une bactérie du sol, Baccillus thurigiensis (Bt), qui a un effet insecticide. C'est d'ailleurs le seul insecticide qui leur soit autorisé.

Les chercheurs des Sciences de la Vie (nous reviendrons sur cette appellation plus tard) ont donc eu l'idée d'insérer le gène de la bactérie dans le maïs pour qu'il émette lui-même cette toxine. Il nous est alors expliqué par la métaphore du couper-coller qu'on a mis un gène de bactérie dans le maïs.

2.1) Pourquoi la métaphore du couper-coller est fallacieuse ?

Cette section, plus technique, peut être passée sans scrupule. A y regarder de plus près, mais sans entrer trop dans la technique, on a fait subir au moins trois transformations au gène de la bactérie du sol :
- on a remplacé le promoteur (qui marque le début de la séquence codante) par la séquence du virus de la mosaïque du chou-fleur. Ce changement n'est pas neutre car en présence de ce virus, l'OGM désactive le gène inséré, sans qu'on sache pourquoi.
- le terminateur, qui marque la fin de la séquence codante, a, lui aussi, été changé.
- Des codons de la séquence codante ont aussi été changés.

Enfin, même la séquence codante a été tronquée dans le maïs de Novartis afin que la protéine soit plus virulente.

Bien évidemment, à un niveau de vulgarisation superficiel, on peut utiliser la métaphore du couper-coller, mais comme cette métaphore banalise une opération finalement lourde, elle a l'effet politique d'augmenter l'acceptabilité des OGM. Comme c'est justement le souhait des promoteurs des OGM (du secteur privé comme du secteur public), on peut se demander s'ils sont tous honnêtes dans le choix de leur métaphore !

2.2) Un maïs écologique ?

Conservons l'exemple du maïs Bt décrit ci-dessus et vanté par une publi-information d'un grand groupe agrochimique comme une " plante qui résiste naturellement aux insectes et aux parasites ".

Après tout, vu l'explication donnée ci-dessus, on n'a plus besoin de mettre d'insecticide sur ce maïs qui devrait donc être considéré comme écologique ... ? Pourquoi diantre des gens qui se préoccupent de l'environnement pourraient-ils s'opposer à ce progrès de la Science moderne qui diminue les pollutions ?

Si ce n'étaient que des groupes agrochimiques qui avancent cet argument, on pourrait essayer de soutenir un (mauvais) argument qu'ils ne poursuivent que leur intérêt. Bien sûr ce n'est pas totalement faux, mais cela ne dit pas pourquoi le maïs Bt n'est pas écologique.

Il y a plus fort.

Le journal du CNRS (oct. nov. 2000 p. 19) explique, lui aussi, que ce type d'OGM " limite l'usage d'insecticides " ! Si donc la Science confirme ce que dit l'industrie, quels sont donc les arguments des irréductibles opposants ?

Au risque de surprendre, la phrase du journal du CNRS est juste ... mais elle nous induit en erreur. A la lire, on se dit que si on n'a pas besoin de mettre d'insecticide, alors, il y en aura moins dans la nature. C'est oublier que c'est la plante qui émet l'insecticide, et ce, pendant toute l'année, par toutes les parties de la plante. Comme le CNRS ne peut l'ignorer (!), la déformation est délibérée.
La seule question scientifique qui se pose alors est de savoir quelle quantité de Bt la plante émet.

Ô surprise, le secteur privé n'a fait aucune mesure (publiée en tout cas !). On pourrait le défendre en disant qu'après tout " ce n'est pas [son] travail, [son] travail est d'en vendre le plus possible " (propos tenus par un *officiel d'une entreprise de biotechnologie aux EUA). Ce serait négliger que le secteur public, lui non plus, n'a fait aucune étude (publiée en tout cas), où que ce soit dans le monde, tant sur le maïs, le soja que sur le coton.
Pourquoi le secteur public (qui ne poursuit que la " connaissance et le bien-être social ") ne s'est-il pas posé la question ?

La réponse est peut-être dans une évaluation sommaire faite par Charles Benbrook (ancien secrétaire de l'Académie des Sciences des EUA chargé de l'agronomie) qui estime entre 10.000 et 100.000 fois plus de Bt émis par un OGM que par les aspersions de Bt classiques.

On en déduit que les chercheurs du secteur public ne se posent pas une question évidente qui pourrait mettre à mal l'image des OGM. Ce refus montre encore que le secteur public travaille à l'acceptabilité, à la promotion de la technique, quitte à négliger de se poser des questions évidentes, sans pour autant que tous les scientifiques aient un intérêt financier. Ce n'est donc pas forcément l'intérêt financier qui les guide.

Il a été objecté, y compris par des scientifiques, que ce M. Benbrook n'a pas fait mystère de ce qu'il est opposé aux OGM et donc que l'on ne pourrait pas avoir confiance en lui. Cette objection est intéressante : elle donne un exemple de procès d'intention : si M. Benbrook a dit qu'il était opposé aux OGM, il ne faut plus l'écouter ... Mais alors qui faut-il écouter ? Apparemment seulement ceux qui y sont favorables et qui, en tout cas, en font toute la journée  et qui sont forcément honnêtes alors qu'un résistant aux OGM est forcément malhonnête ?

2.3) Un maïs "résistant" ou "tolérant" à l'insecte ?

Dans 95 % des cas, le maïs sus-décrit est appelé "résistant" à la pyrale (le principal insecte qui diminue le rendement du maïs). Pour comprendre la désinformation que véhicule cette expression (qu'on retrouve même chez les résistants aux OGM pourtant de bonne foi), prenons une image. Je suis un maïs (!) et je me fais agresser par un insecte. Afin de me défendre, je tue l'insecte et, devant mes juges (vous lecteur), je vais dire que je suis "résistant" à l'insecte alors que je l'ai tué ! Avec de telles règles, le nombre de criminels diminuerait certes ... car on les aurait requalifiés de "résistants aux agressions".

Insistons sur le fait que des chercheurs du secteur privé comme du secteur public utilisent cette expression !

Mais il y a plus !

Dans 3 à 4 % des cas, on peut trouver l'appellation de "maïs tolérant à l'insecte" pour ce même maïs. Donc pour ces gens la tolérance désigne le fait de tuer ... Si ce n'est pas de la désinformation ! C'est ainsi le cas sur le site ouaibe de Verneuil Semences (un semencier français) : . L'activiste politique post soixante-huitard m'objectera qu'une entreprise ne poursuit que son intérêt ...

Je lui répondrais que cette expression se trouve aussi sur le site de présentation d'un projet commun, INRA (secteur public)-CETIOM (groupement de producteur d'oléagineux). Ce même activiste, fort de ses réflexes et qui défend la recherche-pure-de-connaissance-comme-seule-lumière-de-l'Humanité pourra dire que c'est à cause des contrats qui lient le secteur public au secteur privé et engendrent des parties liées et des conflits d'intérêts.

Bien sûr cette objection n'est pas fausse. Mais je ne vois pas bien ce que pourrait objecter mon activiste au fait que cette expression se retrouve dans les rapports de la Commission du Génie Biomoléculaire (CGB) de 1997, 1998 (dix mentions de plantes "tolérantes" à un insecte en pp. 9, 10, 10, 22, 24, 24, 28, 29, 29, 29. On prendra garde au fait que la version de ce rapport sur le site du ministère de l'agriculture diffère de celle sur le site officiel ogm.gouv.fr sans que j'ai trouvé en quoi). Je n'ai pas regardé dans le rapport de 1999 mais celui de 2002 présente encore cette acte de propagande. Cette CGB est l'émanation de l'Etat chargée d'étudier l'autorisation des OGM ! Si même cette commission constituée de chercheurs du sceteur public n'est pas indépendante, alors c'est l'Etat tout entier qu'il faut critiquer !

Il y a plus fort encore puisque cette expression (particulièrement manipulatrice) se retrouve sur la Toile à la page de présentation générale de la CGB, sur le site du ministère de l'agriculture ainsi que dans le communiqué de presse de la Commission de Biovigilance du 12 novembre 1999.

Ces subtilités sémantiques sont-elles bien importantes ?

Quand l'Agence chargée de l'environnement aux EUA (EPA) a souhaité désigner cet OGM par maïs-insecticide, les industriels ont poussé des cris d'orfraies et ont clairement dit que cela limiterait leurs ventes. Effectivement, j'envisage moins d'acheter un maïs-insecticide qu'un maïs "résistant" à l'insecte (voire "tolérant" à l'insecte !). C'est bien sûr là le but derrière cette propagande : l'acceptabilité de la technique. Et celle-ci est également défendue par la recherche publique (à quelques exceptions près) qui n'envisage pas de qualifier cet OGM de maïs-insecticide. D'ailleurs, en France, une commission de l'INRA travaille à renommer Organismes Génétiquement Améliorés ces OGM qui étaient appelés au début Organismes Génétiquement Manipulés !

3) Un produit d'OGM bactérien

L'hormone de croissance bovine (rBGH) est un produit miracle de la recherche en Sciences de la Vie. En injectant cette hormone produite par une bactérie recombinante à des vaches, on les fait produire environ 20% de lait en plus.

Cette rBGH a été mise au point par le Dr M. Miller, de l'entreprise L. de Sciences de la Vie. La Food and Drug Administration (FDA : l'organisme chargé d'autoriser les aliments nouveaux et médicaments) a eu la bonne idée d'embaucher le Dr Miller pour étudier cette hormone. On ne s'étonnera pas trop que le Dr Miller ait conseillé à la FDA d'autoriser cette rBGH. Le Dr Miller avait bien vu que les vaches développaient de nombreuses maladies et avaient une espérance de vie réduite. Mais afin de ne pas freiner ce progrès de la Science et de la technologie moderne, la FDA a accepté de multiplier par 100 ( !) les doses d'antibiotiques administrables aux pauvres vaches. Heureusement, le Dr Miller, après cet épisode à la FDA, a pu retrouver un travail ... dans l'entreprise L.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Quand l'équivalent canadien de la FDA (Health Canada) a du examiner cette rBGH, les scientifiques commis par Health Canada ont demandé d'avoir copie des détails de l'étude du Dr Miller, partiellement publiée dans la revue Science ayant permis à la FDA d'autoriser rBGH.

Au milieu de leur mission, ils ont publié un article menaçant d'arrêter leurs travaux s'ils continuaient d'être les objets de pressions visant à leur faire demander l'autorisation de l'hormone de croissance bovine ! Grâce à cet éclat, ils ont pu mener à bien leurs travaux et, sur la base de l'étude de la FDA, ils ont demandé ... le rejet de cette hormone en soulignant que l'étude du Dr Miller montrait un développement de cancers accru par l'hormone. Ce point avait été négligé dans la publication scientifique publiée par une des plus prestigieuses revues scientifiques !

L'organisme Health Canada a donc conclu à ... l'autorisation (oui : vous avez bien lu) de rBGH. Il a fallu une forte pression médiatique pour que HC revienne sur sa position.

Depuis, on a pu confirmer que cette rBGH, produit d'un OGM dernier cri de la technologie moderne induisait de nombreuses maladies chez la vache et la synthèse d'une autre hormone (qui est la même que l'hormone humaine) IGF 1 dont il est prouvé qu'elle est cancérigène pour plus de 17 types de cancers.

Et pourtant les EUA ont gagné devant l'OMC et ont fait condamner l'Europe à accepter cette rBGH !

Si l'on doit résumer, on peut conclure qu'il ne faut avoir confiance ni dans la FDA ni dans l'OMC.

4) Terminator

On peut brièvement décrire Terminator comme un brevet qui fait que les graines faites par les semences vendues à un paysan seront stériles. L'objectif est ici de forcer les fermiers à devoir racheter les semences chaque année et donc à une dépendance économique.

Ce brevet a été développé par des chercheurs du secteur public (!) américain en collaboration avec une entreprise de Sciences de la Vie.

La première remarque est que les Sciences de la Vie travaillent à ... stériliser la Vie !

La seconde est que c'est le secteur public qui aide les entreprises à ce projet de stérilisation.

La troisième est que le vrai nom de Terminator est " control of plant gene expression " (technologie de contrôle de l'expression des gènes végétaux !). Un brevet qui stérilise est donc présenté comme un système de contrôle, ce qui est nettement plus "acceptable" ! Ah, propagande, quand tu nous tiens ...

La quatrième est que Terminator n'est pas une erreur de communication des Sciences de la Vie. Il existe actuellement environ une trentaine de brevets ayant le même but dans le monde (cf. http://www.etcgroup.org anciennement RAFI qui mentionne un brevet acquis le 12 mars 2001).

On nous dit parfois que la Science "pure" ne devrait pas être mélangée avec la "seule" technique. C'est oublier que la Science, pure et parfaite, a pour vocation à être appliquée. Et dans une société industrielle et de marché, elle ira là où les intérêts sont les plus forts. Je ne soutiens surtout pas que la recherche soit motivée par le seul intérêt, mais quand le marché se jette sur une découverte "pure", ce sont les plus gros qui en profitent le plus. A son corps (partiellement) défendant, la recherche publique fondamentale travaille donc à renforcer les plus puissants, qu'elle le veuille ou non, qu'elle le regrette ou non. De l'extérieur, tout se passe donc comme si elle était motivée par l'argent alors que les chercheurs du secteur public font valoir qu'au moins certains d'entre eux sont désintéressés. Leur défense est donc vraie, mais elle ne répond pas à la critique qui porte même si tous étaient désintéressés car on ne peut pas séparer la recherche du monde dans lequel elle est ! On reviendra plus loin sur des tentatives d'explications.

Une autre utilité de Terminator serait, par la stérilisation, d'empêcher la dissémination des transgènes des OGM. Bref, la technique essaie de pallier ses propres déficiences dans une fuite en avant qui l'amène à stériliser le vivant ... On ne sait d'ailleurs pas si le gène tueur ne pourrait pas se disséminer sous forme désactivée et se réactiver plus tard.

Enfin, plusieurs pays ont déjà expliqué qu'à l'avenir, l'"arme alimentaire" serait un outil pour la "paix mondiale". Si l'on traduit, cela signifie que ces pays envisagent, grâce à leur contrôle de la chaîne alimentaire mondiale, d'affamer des populations si elles ne suivent pas les recommandation ou ordres des puissants. La dépendance envers le semenciers serait une arme puissante. En cas de guerre civile ou de révolution, on l'utiliserait pour arriver à la paix sans jamais se demander si les troubles politiques sont justes. C'est une forme d'assurance vie pour les dictateurs si ils arrivent à se présenter comme assurant la paix dans leur pays contre des "terroristes" puisqu'ils auront les puissants occidentaux avec eux contre le peuple !

5) Une conclusion intermédiaire

Un discours simple consisterait à opposer les multinationales, l'argent, le profit, la puissance d'une part, à la recherche publique, le désintéressement, la connaissance, l'honnêteté d'autre part.

Ce manichéisme est clairement battu en brèche par les exemples qui précèdent. Bien sûr la présence (croissante) de contrats pour financer des projets, voire le fonctionnement, des laboratoires crée des conflits d'intérêts et fait planer un doute sur l'indépendance de l'expertise. Cet argument est vrai, mais il n'est pas suffisant car, même avec une totale indépendance financière (c'est à dire des fonds à la mesure des demandes et des rêves des chercheurs !), le monde à l'extérieur de la tour d'ivoire de la recherche continuera à se jeter sur les dernières innovations qui pourront lui donner plus de pouvoir. La recherche publique travaille donc, même si elle n'en a pas l'objectif conscient et même si certains le rejettent, à augmenter l'écart entre le plus puissant et le moins puissant. C'est vrai pour les techniques qu'elle met au point, mais aussi pour les connaissances. Si celles-ci ne peuvent être acquises par un citoyen, que valent-elles ? Ne sont-elles pas un facteur de perte de pouvoir pour le citoyen ? pourquoi les poursuit-on si ce n'est pour la seule satisfaction du chercheur et de l'honneur national ?

On peut également souligner quelques points concernant la " recherche pure " publique :

La recherche publique partage des valeurs en commun avec l'industrie, ce qui rend inepte une séparation entre les deux :

6) Aspects juridiques

En 1998, le Parlement européen a voté une directive (98 /44) qui force les états membres à transposer dans leur droit national la possibilité de brevets sur des organismes vivants ou leurs parties (gènes, ...).

La théorie juridique motive les brevets, au moins depuis le XVIII ème siècle, en disant qu'il faut protéger le petit inventeur contre le gros prédateur et rémunérer l'inventeur individuel afin de dynamiser la recherche, laquelle est supposée ne servir que le bien commun (?).

Cette théorie, qui peut sembler évidente, est contredite par plusieurs faits.

Partons du principe que la priorité doit être donnée à la liberté. Un brevet étant une garantie de monopole, la limitation de la liberté individuelle (d'utiliser une machine utile par exemple) qu'il suppose doit donc être motivée par une utilité générale. Or la preuve de l'utilité générale doit être à la charge de ceux qui veulent limiter la liberté (ceux qui sont favorables aux brevets), ce qu'ils sont bien en mal de faire.

Enfin, la directive communautaire 98/44 parle d'un " privilège de l'agriculteur " pour la possibilité (consubstantielle à la Vie) qu'a le paysan de garder des graines pour les ressemer. Ainsi, la propriété fondatrice de la vie (croître et se multiplier) est transformée en " privilège " ! En fait, les seuls vrais privilèges sont ceux qu'octroie la directive aux futurs détenteurs de brevets et non aux paysans. Ici encore, la sémantique se met au service d'un pouvoir. Elle est propagande. Hélas, ce sont des institutions supra-nationales qui en sont le vecteur et la critique entendue souvent des multinationales loupe une partie de l'enjeu politique.

Tous ces arguments sont repris dans plusieurs argumentaires très complets trouvables sur notre site.

7) OGM et faim dans le monde

Axel Kahn, ex-président de la CGB, et grand chercheur français a écrit : " les OGM permettront de résoudre la faim dans le monde en respectant l'environnement "[5]. On pourrait objecter de nombreux arguments (cf. notre compte rendu de conférence-débat sur ce sujet sur notre site http://www.OGMdangers.org). Retenons en quelques-uns :

8) Génétique humaine

Les chercheurs (exclusivement du secteur public) nous vendent les thérapies géniques comme la solution à presque toutes les maladies, dont le cancer, mais surtout pour les maladies orphelines.

8.1) Les maladies orphelines

Au seul nom de maladies orphelines, on imagine la mort, qui laisse des orphelins démunis. Il faudrait être un être sans coeur pour ne pas s'en émouvoir. C'est ainsi que les chercheurs (et le système médiatique avec eux) nous montrent des enfants myopathes pour inciter à nous faire donner de l'argent pour les recherches.

Mais que se cache-t-il derrière ce terme ?

En fait, ces maladies sont appelées orphelines car elles touchent très peu de personnes ! Donc on dépense des centaines de millions de francs (les sommes issues de l'Etat en 2001 seront de 450 millions de francs[6]) pour sauver trois enfants (but louable en tant que tel !) quand les mêmes sommes pourraient sauver des dizaines de milliers de personnes. Et encore, au risque de paraître cynique, il ne s'agit pas de sauver des enfants de la faim dans les pays du Sud : ce sont des pauvres et nous n'avons aucun intérêt à les aider donc nous ne le faisons pas. Non, il s'agit bien de gens ici et maintenant qui meurent à cause de bactéries multirésistantes, ... etc. Il serait ainsi possible de consacrer les mêmes sommes à l'éradication des antibiotiques dans l'alimentation animale, ou surveiller l'abus des antibiotiques, ... pour sauver plus de personnes.

Pourquoi donc cette mauvaise allocation de ressources ? Il ne peut qu'y avoir une autre motivation non explicitée à ces thérapies géniques. Je vous en propose une : cette thérapie répond au fantasme mécaniste d'une société technicienne et industrielle. Elle est le symptôme de cette société technicienne et mécaniste. Mais je crains aussi qu'elle en soit la maladie. A force de banaliser ce jeu de mécano de la vie, la Vie sera considérée (plus seulement par les biologistes) comme une mécanique, comme " un ensemble de réactions chimiques ". L'image et la place de la Vie en seront diminuée pour tous. Même si quelques-uns auront été sauvés, on aurait pu choisir d'autres solutions qui auraient sauvé plus de personnes et qui n'auraient pas dévalorisé la place de la Vie. Or celle-ci est tout ce qui retient l'humanité avant de procéder au clonage et à " l'ingénierie génétique humaine ", " dernier tabou " selon un éditorial du News Scientist du 23 octobre 1999 !

On remarquera également qu'en Angleterre, seulement 16% des essais avaient pour but des maladies génétiques (monogéniques) entre 1990 et 1999[7]. Donc ce système de récolte de fonds sait bien utiliser (et susciter) la sensiblerie.

8.2) Comment être insensible à la douleur ?

On pourrait objecter que je ne connais pas la douleur de parents d'enfant myopathe. Et donc que je méprise une grande douleur.

Ce serait oublier que je ne suis pas insensible à la douleur puisque justement c'est ce qui me motive à souhaiter une meilleure allocation des ressources pour soigner plus de personnes. La douleur est toujours infinie pour la personne qui perd un être cher. Mais le politique n'est pas là pour céder à la sensiblerie organisée par les médias et les scientifiques (fussent-ils du secteur public). Il est là pour assurer un bon devenir de la société. Il devrait donc s'attaquer aux maladies qui touchent plus de monde, ainsi qu'aux vraies causes de certaines maladies, comme le cancer, qui ont souvent une cause environnementale. Mais lutter contre les pollutions nécessiterait de lutter contre la machine économique. Donc on préfère laisser émettre des polluants et chercher des solutions techniciennes qui feront travailler l'industrie chimique et assureront la croissance seule solution à nos sociétés essoufflées.

8.3) D'éventuelles applications ?

Il est vrai que ces thérapies géniques auront peut-être des retombées "inattendues". Reprenons la principale difficulté à laquelle s'attaquent les chercheurs en thérapie génique :

Fabriquer un virus qui contournera le système immunitaire, pour apporter un gène précis dans une cellule ayant une signature génétique précise.

Rappelons maintenant le but des chercheurs du secteur militaire qui travaillent sur de l'armement bactériologique (ils existent au moins en Angleterre, Israël, EUA, et Russie) :

Fabriquer un virus qui contournera le système immunitaire, pour apporter un gène précis dans une cellule ayant une signature génétique précise.

On le voit, la technique est la même. Bien suur, le gène sera léthal ou au moins invalidant dans le cas de l'armement bactériologique, alors qu'il sera (on l'espère) curatif dans le cas thèrapeutique. Mais la technique consiste notamment à faire des virus qui, comme le SIDA, contourneront le système immunitaire. Les risques potentiels sont sans limite. Attention, il ne faut pas en déduire que les chercheurs en thérapies géniques travaillent à de l'armement bactériologique. Ce serait faux et stupide. Non, la réalité est plus complexe. Dès que les chercheurs en thérapies géniques auront mis au point leur technique, les chercheurs du secteur militaire pourront l'utiliser. Il peut donc très bien ne pas y avoir d'intention militaire pour les chercheurs publics. S'ils ignoraient cette identité, on pourrait ne pas leur en vouloir, mais ce serait dire qu'ils sont bien ignorants de leur technique. En fait, ils disent que ce que la société fait de leurs inventions ne les regarde pas. C'est instituer et défendre le principe de la tour d'ivoire qui protège le scientifique de toute réflexion et l'absout par avance. Mais c'est particulièrement irresponsable de leur part de se laver les mains à l'avance de toute action, de tout essai de changer le monde : leur objectif est de garder leur jouet technique. De continuer à jouer à Dieu ?

Et les arguments les plus fallacieux, dans un monde où la sémantique et la propagande sont reines peuvent être utilisées. Ainsi, Menzies Campbell (porte-parole pour les affaires de défense des libéraux-démocrates anglais) soutient que l'existence de régimes comme l'Irak, qui pourraient attaquer des forces anglaises (!) avec des armes chimiques, justifie de " prendre des précautions " en faisant des recherches sur les armes biologiques (dépêche BBC du 26 août 1999). Ce qui montre que les Irakiens servent encore à quelque chose.

On pourrait soutenir que cet armement "moderne" n'est pas encore techniquement faisable. Dans un rapport demandé par la British Medical Association (l'ordre des médecins anglais) qui représente les médecins britanniques, il est dit qu'alors que " des armements biologiques qui cibleraient un groupe ethnique particulier ne sont pas encore une possibilité pratique ", elle en prédit l'existence " d'ici cinq à dix ans "8. Voilà le futur que nous prépare la technique. Le pire est que quand on dit cela à M. Tambourin, directeur du génopôle, il répond que, de toute façon, qu'on le veuille ou non, ca se fera. C'est à des remarques comme celles-là qu'on voit que si nous sommes dans une démocratie politique, celle-ci se superpose à une dictature scientifique et technique. Que nous le voulions ou non, ce futur se fera. Avec ou sans nous.

8.4) La perception de la maladie

Subrepticement, la génétique humaine est en train de tous nous transformer en malades potentiels, à cause de "mauvais gènes". L'imaginaire populaire intègre déjà la leçon des généticiens quand il dit " ce n'est pas ma faute, c'est la faute à mes gènes ". Dans cet imaginaire, le gène est presque extérieur à l'être. On tente de séparer ce qu'on considère noble (l'esprit) de ce qui ne l'est pas ; l'aspect matériel de l'homme par le biais de la génétique et de son support matériel : les gènes. A terme, on en arrivera à déresponsabiliser les gens comme le dit déjà, en souriant, la phrase citée ci-dessus ! Et cette métaphore mécaniste, qui met la maladie à l'extérieur de la vie, ouvre la voie à " l'ingénierie génétique humaine ". Ne croyez pas que ce soit du catastrophisme. L'éditorial du News Scientist du 23 octobre 1999 s'en faisait déjà l'avocat, par la bouche d'un grand scientifique. Les nazis ne l'ont pas fait car ils n'avaient pas la technique. Notre société moderne et industrielle en rêve.

8.5) Mise en perspective historique de la technique

Pour conclure cette partie, nous voudrions mettre en perspective ces essais de thérapie génique, mais aussi toute la technique et même la seule connaissance dite pure.

En août 1998, l'université d'Emory aux EUA publiait un communiqué9 pour expliquer que " pour la première fois, des chercheurs [Insel et Young] avaient transformé une souris asociale en une souris plus sociable par modification génétique ". Ce communiqué très satisfait de chercheurs du secteur public américain expliquait que les souris manipulées était plus fidèle, et moins batailleuses (ce qui semble être la sociabilité pour eux). Ils qualifiaient eux-mêmes leur travail de " très important car virtuellement, toute forme de désordre psychiatrique humain est caractérisé par des attachements sociaux anormaux ". Voir l'évocation d'une normalité et des critères moraux sous la plume (très sérieuse) de chercheurs peut faire frémir. Mais ce n'est pas tout car ils envisagent explicitement de faire des modifications génétiques d'humains ! Ils concluent en appelant de leurs voeux des progrès dans la connaissance scientifique sur les attachements sociaux, puis se félicitent que de telles connaissance puissent aider le traitement de l'autisme, de la schizophrénie et de la maladie d'Alzheimer. Young explique qu'il travaille à faire une souris plus gentille, plus sociale dans ce même texte.

Ces chercheurs nous "vendent" donc cette recherche, ces connaissances, en arguant qu'elles aideront à soigner une des maladies les plus médiatisées (Alzheimer). Supposons que ce soit vrai. On s'aperçoit que cette recherche aura d'autres applications que même les chercheurs envisagent, puisqu'ils préparent la possibilité de rendre les humains " plus sociaux ", de leur donner un comportement plus " normal ". Cet aspect plus politique de la technique n'est présenté que sous la forme "acceptable" de traiter les gens contre des " attachements sociaux anormaux ". Et les chercheurs, si on leur avait demandé, auraient repoussé la définition de cette anormalité à la société ... en s'en lavant les mains. Cette recherche, encore pure permettrait donc de traiter des humains si ils étaient " anormaux " au sens de celui qui aura le pouvoir d'utiliser cette technique, c'est à dire les puissants. Ou encore s'ils devenaient plus contestataires. On voit l'utilité qu'y verraient notamment les pouvoirs politiques ! D'ailleurs, cette recherche est financée par le National Institute of Mental Health (Institut de Santé Mentale américain) dont la vocation est la santé mentale des humains.

A coup sûr, dès que la recherche aura accumulé toutes ces connaissances, on ne "risquera" plus de vivre les troubles sociaux d'une révolution. Les paysans de 1789 n'ont eu ni du pain ni de la brioche. A l'avenir on pourra les "améliorer génétiquement" pour diminuer les " attachements sociaux anormaux ".

Cet aspect politique (et d'autres) de la technique qui accroît le pouvoir de ceux qui en ont déjà (ici le pouvoir politique) n'est jamais mentionné par les chercheurs, y compris du secteur public. Pourtant, si ils voulaient approvisionner un débat sur leurs techniques, ils devraient nous ouvrir les yeux également sur les conséquences négatives. Mais on voit ici que même s'ils n'ont aucun intérêt de type financier, ils ont plusieurs intérêts autres (prestige, fascination pour la Technique...).

9) Conclusion

Lors d'une conférence, un chercheur de l'INRA nous a expliqué qu'il travaillait à cloner des vaches pour qu'elles résistent à la maladie de la vache folle.

Dans notre société, cette recherche peut sembler bonne. Nous pensons pourtant qu'elle est mauvaise car elle évacue les racines de cette maladie, qui sont politiques (le libéralisme peut tuer), économiques (on veut faire des économies, quitte à mettre des humains en dangers), ou philosophiques (si on ne voit plus la vache que comme une unité de production, la rendre carnivore ne pose pas de problème). L'INRA, en essayant de résoudre les problèmes posés par l'industrialisation de l'agriculture travaille à son acceptabilité. Elle fait qu'on ne se pose plus les questions radicales (au sens étymologique : radix, icis = racine) de comment on a pu en arriver à donner de la viande aux vaches !

Il nous semble que cette approche radicale (et non extrémiste) est la seule qui puisse redonner son sens à l'action citoyenne. Elle est très bien expliquée dans le livre Les poules préfèrent les cages de Armand Farrachi (Albin Michel).

Et si les OGM augmentaient la productivité ?

L'ACGA, syndicat de producteurs de maïs américain a expliqué que ce serait un mauvais argument en faveur des OGM ! ! ! Ils expliquent que, comme la productivité augmente depuis douze ans, la production augmente. La production augmentant, les prix baissent. Les prix baissant, leur revenu baisse ! Ce qui fait qu'ils n'ont pas envie d'augmenter la productivité et on peut les comprendre.

Cet exemple montre bien que nos sociétés "développées", à courir après la hausse de la productivité sont peut-être en train de travailler à diminuer la place de l'homme. Ce problème dépasse de loin les OGM. Seule une croissance sans limite pourrait nous sortir de ce mauvais pas. Est-elle soutenable ? Ne nous rapproche-t-elle pas d'un nouveau krach dû à la fuite en avant de la production, comme celui de 1929, mais mondialisé cette fois !

Et si la technique allait contre l'humanité ?

Bill Joy est fondateur de Sun Microsystem (un des principaux concurrents de Microsoft). Il a créé notamment UNIX Berkeley et Java. Autant dire qu'il est du coté de la technique !

Il a pourtant écrit un article pour expliquer que les progrès de la Science moderne (il cite les modifications génétiques, les nanotechnologies, ...) vont faire que la technique, en voulant améliorer l'efficacité de l'humain, envisagera de modifier génétiquement l'humain (l'expression du prix Nobel J. Watson est " améliorer génétiquement l'espèce humaine "). Il explique que la Science, toujours pour améliorer l'efficacité, va implanter des puces électroniques dans le cerveau d'humains pour nous rendre meilleur à certaines tâches. Bien sûr, Bill Joy voit bien que ce n'est pas encore faisable. Mais il souligne que c'est ce à quoi l'on travaille, ce vers quoi l'on tend. D'ailleurs, c'est bien le sens de la théorie de la fin de l'histoire de F. Fukuyama qui voit dans le développement de la technique et son croisement avec l'espèce humaine la fin de l'histoire humaine et le début d'une nouvelle ère ! D'autres, dans un passé récent et honteux, ont appelé de leurs voeux une nouvelle ère pour une nouvelle humanité, mais la proximité des thèses ne surprend pas les thuriféraires de la technique.

Bill Joy conclut son article, après avoir cité Théodor Kaczynski, en disant qu'il ne va pas arrêter ses recherches. Mais qu'il en est à se dire qu'il aura peut-être à le faire, ce qu'il n'aurait jamais imaginé il y a seulement 10 ans.

Au risque de paraître pessimiste, je ne crois pas à la solution de Bill Joy. La technique a ceci de totalitaire que même si ce n'est pas lui qui le fait, ce sera son frère. Ce sera un autre. Peut-être moi !

On l'a vu, la sémantique se met au service du pouvoir économique, du pouvoir des politiques (qui se déchargent sur des comités d'experts d'une mission que les citoyens n'ont fait que leur déléguer), mais aussi de la Science, qui devrait être une autorité, mais qui s'érige lentement mais sûrement en pouvoir. Bref, dans des sociétés où il faut grossir pour survivre, de nombreux pouvoirs sont prêts à beaucoup d'approximations linguistiques pour survivre, et donc pour grossir. Mais l'homme, à qui la Cité devrait rester commensurable, reste de même taille. Il est donc noyé et il n'est pas étonnant, dès lors, qu'il se sente exclu de ces phénomènes de globalisation. Qui pourrait lui jeter la première pierre ?

*
"Monsanto ne devrait pas avoir à assurer la sécurité de la nourriture biotechnologique. Notre intérêt est d'en vendre le plus possible. Assurer la sécurité est le travail de la FDA."

Phil Angell, Directeur de communication de Monsanto, dans un interview au New York Times Sunday Magazine, le 25 octobre 1998.
("Monsanto should not have to vouchsafe the safety of biotech food. Our interest is in selling as much of it as possible. Assuring its safety is the F.D.A's job."
Phil Angell, Monsanto's director of corporate communications, in an interview with the New York Times Sunday Magazine October 25, 1998)

1 http://www.monsanto.fr/highlights/ads/ad3.html. Ou consultable dans les annexes d'un rapport universitaire.
2 http://www.monsanto.fr/highlights/ads/ad4.html. Ou consultable dans les annexes d'un rapport universitaire.
3 François Gros, L'ingénierie du vivant (Odile Jacob, 1990), pp.21-22.
4 Eléments d'histoire des sciences Bordas, publié sous la direction de Michel Serres
5 Les échos 18 décembre 1997
6 Journal du CNRS février 2001. Il faut bien sûr ajouter les sommes issues des collectivités locales, de l'AFM, ...
7 Mountain, A. (2000) Gene therapy : the first decade, Tibtech 18 : 119-128
8 Biotechnology, weapons and humanity, rapport du British Medical Association (ordre des médecins anglais) rendu public le 21 janvier 1999 et publié chez Goprdon and Breach Londres. Cf. aussi une dépèche AFP du 21 janvier 1999
9 cf. http://www.emory.edu/EMORY_REPORT/erarchive/1999/September/erseptember.7/9_7_99voles.html et http://www.emory.edu/WHSC/HSNEWS/PUB/EM/EMSum98/vole.html

       

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