Compte-rendu de conférence du 16 mai 2001 avec Brigitte Chamak et Guy Kastler.

OGM, brevets sur le vivant : des enjeux à sens unique ?

Le groupe ATTAC-OGM Ile-de-France et les associations Nature & Progrès et OGM : dangers se sont brièvement présentées. Puis Hervé le Meur (HLM), modérateur de la soirée a proposé de commencer avec l'exposé de Guy Kastler à qui il a demandé de se présenter.

Guy Kastler (GK) : Je suis berger et fabricant de fromage dans le Minervois. J'ai eu longtemps des responsabilités à la Confédération Paysanne et j'y suis encore membre. Je suis également chargé de mission à Nature et Progrès.

Il y a deux actions de la Confédération qui ont fait se poser des questions : une en plein champ à Gaudiès (essais notamment de l'INRA) et celle contre des plants de riz dans les serres du CIRAD à Montpellier.

Dans ces deux actions, nous nous sommes aussi attaqués à la recherche publique et non seulement privée. À Gaudiès, la question était de savoir si le colza pouvait se disséminer. Or, au Canada, où l'on fait des expériences grandeur Nature, on le sait déjà puisqu'un paysan (Percy Schmeiser) a été condamné en justice car son colza était partiellement OGM. Il a été condamné car il aurait contrevenu au droit des brevets qui protège le colza de Monsanto. Cela montre d'une part les conséquences du droit des brevets, d'autre part que les disséminations vont servir aux semenciers à mettre au pas les paysans. Bref, à poursuivre l'industrialisation de l'agriculture.

À Montpellier, le riz était destiné à être repiqué dans la Camargue avec des disséminations inévitables !

Or, que des paysans osent contester la Recherche, la parole d'un expert, de commissions, c'est briser un tabou. On a d'ailleurs vu, lors des deux procès correspondant que nous n'avons pas fait le plein des opposants aux OGM. Même au sein de la Confédération !

Nous ne sommes pas opposés à la recherche pure en laboratoire. Mais nous refusons que les financements aillent au " génie génétique " et pas à des méthodes alternatives. Or, actuellement, l'ingénierie génétique draine une grande part des financements.

Quand on me dit que les disséminations ne posent pas de problème car les OGM ne survivront pas en milieu naturel, je voudrais qu'on me dise comment on peut empêcher une abeille, le vent de souffler le pollen ... Donc l'agriculture transgénique est totalitaire. Nous, de l'agriculture biologique, ne pouvons plus garantir notre cahier des charges qui refuse les OGM. C'est déjà arrivé pour un producteur de soja bio dans le Sud-Ouest de la France qui s'est fait refuser son lot de soja par ses acheteurs allemands car il y avait des traces d'OGM. Apparemment, la cause de cette contamination est que ses semences avaient été multipliées aux EUA où l'on en cultive.

Nous revendiquons un droit de regard sur la Recherche. L'agriculture biologique, déjà, est le fait de gens qui ont voulu proposer des alternatives à l'agriculture productiviste. L'agriculture transgénique est une fuite en avant dans cette mauvaise direction. Or la Nature est généreuse. Elle donne toujours plus qu'elle n'a besoin. Le gros défaut de cette générosité est qu'elle n'est pas appropriable, comme le dit Jean-Pierre Berlan, pas contrôlable. Cette évidence explique le fondement de cette volonté de s'approprier le vivant, c'est la guerre au vivant (Allusion au titre du livre de Jean-Pierre Berlan : La guerre au vivant paru chez Agone).

À coté de cette générosité, la recherche a produit des plantes malades, des animaux malades. Par exemple, une vache Prim'Holstein produit plus de 10 000 litres de lait par an. Soit plus de dix fois son poids. C'est un monstre ! De même quand on sème dans un champ des graines qui ont été faites pour être toutes identiques, on s'expose à une faiblesse et un plus grand nombre de maladies à cause du manque de diversité génétique des populations. C'est même vrai pour des plantes pérennes comme la Vigne. Ainsi on a eu une maladie importée d'Amérique (le phylloxéra) qui a forcé, au début du siècle, à arracher l'intégralité des ceps. On a repris un porte-greffe américain que la Nature avait sélectionné pour résister à ce phylloxéra. Mais pour garder les bons raisins européens, on les a greffés sur ce porte-greffe. À cause de ce bricolage et de la perte de diversité, on a plusieurs autres maladies qui sont apparues (court-noué, ...). Les paysans, eux, savent qu'une grande diversité augmente les rendements, au moins à moyen terme. Il en est de même avec l'élevage hors sol.

De même, en Chine, on a essayé de lutter contre les champignons. On a semé une bande de riz productif alternée avec une bande de riz moins intéressant, mais résistant au champignon. Hélas cela n'intéresse pas les entreprises phytosanitaires qui vendent les fongicides, herbicides, insecticides, ...

Quand il y a un champignon, un ravageur, il faut toujours se demander pourquoi plutôt qu'essayer la Chimie. J'ai beaucoup apprécié Francis Chaboussous qui avait démontré que chaque fois que la protéosynthèse se ralentit (quand on lui apporte trop ou pas assez d'acides aminés), alors le microbe, le ravageur apparaît et consomme ces acides aminés. Quand on met un gène Bt qui fait émettre un insecticide à l'OGM, on crée un déséquilibre ? On refait les mêmes erreurs que par le passé, on continue la fuite en avant.

Mais si ils ne faisaient que faire des erreurs, ce ne serait pas grave ... mais à la fin, c'est le contribuable qui paie comme l'ont montré les récents épisodes de crises agricoles ou alimentaires.

Le maïs Bt n'est pas résistant à la pyrale, mais il la tue. Or, un maïs Bt produit environ 10 000 fois plus de Bt que l'utilisation de cet insecticide qui est presque le seul autorisé aux agriculteurs bio. On me dira que le Bt est naturel. Mais c'est faux car la molécule a été modifiée, tronquée pour être directement activée.

Quand un maïs émet du Bt toute l'année, ça développe des résistances. Donc on augmente la pression de sélection pour avoir des super insectes. Et on a déjà vu apparaître des insectes résistants au Bt !

Je vais maintenant parler des semences. On a voulu interdire le triage à façon comme le pratiquaient les paysans depuis le néolithique (environ - 10 000 ans). Le but est que les agriculteurs soient forcés d'acheter leurs semences à des semenciers, des semences alors appelées certifiées. C'est le même problème que pour la vigne dont j'ai parlé avant. On diminue la biodiversité et on crée, à terme, de grands problèmes. Pour les vaches, on veut augmenter les taux d'inséminations artificielles, mais actuellement, il y a 10 taureaux reproducteurs ! A coté de cela, on embête certains éleveurs bios qui veulent se passer de l'insémination artificielle !

Aujourd'hui, il y a urgence à défendre les quelques agriculteurs qui refusent d'utiliser des plantes malades, des animaux malades. Nous voulons faire du vivant qui soit adapté à son terroir, au temps, ...Donc la recherche pour cela ne peut être reproductible. Elle n'intéresse donc pas la Recherche qui se borne à une vision scientifique donc à la reproductibilité des expériences. On ne peut donc avoir aucune recherche financée.

En Recherche, c'est pas parce qu'ils sont mauvais qu'ils sont comme ça. C'est le reflet de la société industrielle. Le problème nouveau est que, maintenant le laboratoire c'est nous, c'est le monde car nous sommes les cobayes de cette expérience grandeur Nature. C'est encore plus vrai pour la médecine. On va tendre vers l'amélioration du vivant, de tous le vivant : plantes, animaux ... Et quand la Recherche aura mis au point les technique pour faire cette amélioration chez tous les animaux, elle aura travaillé à l'acceptabilité de l'eugénisme. Quelle que soit sa bonne volonté actuelle, elle refuse de voir le monde dans lequel elle agit.

HLM remercie GK de son intervention. Puis il passe la parole à Brigitte Chamak pour se présenter et parler notamment des brevets sur le vivant.

Brigitte Chamak (BC): Avant de discuter des brevets sur le vivant, je voudrais commencer par une mise au point. Je crois que la technique qui consiste à dresser les uns contre les autres chercheurs et citoyens est perverse. Finalement, cela fait le jeu des multinationales. Nous sommes nombreux à vouloir nous battre contre l'évolution du système de la Recherche Publique vers une intrication toujours plus étroite entre chercheurs du public et intérêts privés des entreprises. Le gouvernement et les directions des établissement de recherche nous incitent, par tous les moyens, à collaborer avec des entreprises et à orienter nos recherches vers des applications à court terme. Plutôt que de dresser les uns contre les autres chercheurs et citoyens, il serait préférable de défendre l'indépendance des chercheurs et la pluralité des recherches.

Interruption dans la salle d'une personne qui dit ne pas vouloir attaquer les chercheurs, mais bien la Recherche, le monde tel qu'il va.

BC reprend : Je vais commencer par vous parler des brevets sur les gènes humains. Et d'abord, pourquoi la directive de brevetabilité du vivant (appelée des inventions des biotechnologies) fait-elle tant parler d'elle ? Les deux premiers alinéas de l'article 5 de la directive 98/44 [trouvable sur http://www.OGMdangers.org/action/brevet/] paraissent en contradiction :

1. Le corps humain, aux divers stades de sa constitution et de son développement, ainsi que la simple découverte d'un de ses éléments, y compris la séquence ou la séquence partielle d'un gène, ne peuvent constituer des inventions brevetables.

2. Un élément isolé du corps humain ou autrement produit par un procédé technique, y compris la séquence ou la séquence partielle d'un gène, peut constituer une invention brevetable, même si la structure de cet élément est identique à celle d'un élément naturel.

Ce deuxième alinéa est, par ailleurs, en contradiction avec l'article 611-17 du Code de la propriété industrielle, modifié en 1994 lors de l'adoption des lois de bioéthique :

Le corps humain, ses éléments et ses produits ainsi que la connaissance de la structure totale ou partielle d'un gène humain ne peuvent en tant que tels faire l'objet d'un brevet.

La Directive 98/44 ouvre la possibilité de déposer un brevet sur des gènes humains.

Quels sont les enjeux ? La première tentative de breveter des séquences d'ADN humain date de 1991 : Craig Venter, un chercheur du National Institute of Health (NIH) voulait déposer un brevet pour des milliers de séquences d'ADN isolées du cerveau humain. Le brevet revendiquait l'utilisation des sondes d'ADN afin de caractériser des gènes potentiellement impliqués dans des maladies neurologiques, et donc toute recherche utilisant ces gènes dans le but de développer des médicaments. Accorder un tel brevet au rythme où Craig Venter et son équipe accumulaient les séquences, revenait à donner au NIH un droit de propriété industrielle sur toutes les utilisations ultérieures du génome humain. À l'époque, les chercheurs européens se sont révoltés contre ce type de pratique. Mais, en 1992, au cours d'un forum organisé par l'Office Européen des brevets, il était décidé que le gène isolé par un procédé technique serait assimilé à une molécule chimique et considéré comme une invention. Ce type de décision est lourd de conséquence : par exemple, si Myriad Genetics arrive à breveter les gènes BCRA1 et BCRA2, permettant de développer des tests génétiques de prédisposition au cancer du sein, la mise à disposition de ce test diagnostic dans le monde sera subordonnée au bon vouloir de Myriad Genetics qui fera, sans doute, payer le prix fort et exigera de réaliser les tests aux Etats-Unis, créant ainsi un monopole.

Pour les plantes, il existe un autre système qui est beaucoup plus souple que les brevets. Ce sont les Certificats d'Obtention Végétale (COV) gérés par l'Union internationale pour la Protection des Obtentions Végétales, fondée en 1961. Les COV confère une protection comparable à celle d'un brevet, à deux importantes différences près :

1) toute nouvelle variété protégée par un COV est librement accessible à qui souhaite l'utiliser alors que le titulaire d'un brevet peut interdire l'accès à son invention.

2)Toute variété différente des variétés existantes par au moins un caractère est une nouvelle invention.

Pour en revenir aux OGM, il faut distinguer entre applications médicales et secteur agroalimentaire. Dans le secteur médical, la première bactérie génétiquement modifiée (GM) par l'homme date de 1973 : ce sont des bactéries qui produisent de l'insuline. Ces bactéries GM sont manipulées en enceintes confinées alors que les plantes génétiquement modifiées sont disséminées dans l'environnement, ce qui est bien différent. En 1975 une conférence internationale (Asilomar), organisée par les chercheurs, a imposé des mesures de confinement pour l'utilisation des OGM mais, aujourd'hui, on voit qu'aucune mesure de précaution n'est prise avec les OGM dans le secteur agroalimentaire.

Finalement, il faut se demander ; Quels sont les intérêts des OGM ? Il semble qu'il n'y en ait aucun sauf pour ceux qui les produisent et les vendent. C'est pourquoi il faut une alliance des citoyens, des paysans et des chercheurs pour se mobiliser ensemble contre des modifications irréversibles de l'environnement. Trop d'exemples montrent que nous n'avons qu'à nous plaindre des effets à long terme de tells pratiques.

Un bon exemple des différents arguments auxquels on doit faire face est donné dans le livre du compte-rendu du débat sur les OGM organisé à la Villette en 1998. Un intervenant explique que si l'on ne fait pas ces OGM, les EUA les feront, et après, on devra les leur acheter. Pourquoi serions-nous forcés de les acheter ?

HLM remercie BC de son intervention. Il rappelle qu'une étude de Greenpeace Allemagne a montré qu'une douzaine de demandes de brevets avaient été déposées devant l'EPO (Office Européen des brevets) sur des embryons humains (dont des modifications génétiques d'embryons), plus de 10 sur l'ingénierie génétique ou le clonage humain, et une dizaine sur des chimères animal-humain. HLM propose de prendre des questions dans la salle.

Question : Quand je parle des OGM autour de moi, on me dit souvent, que les OGM vont résoudre la faim dans le monde. Que leur répondre ?

GK : La faim dans le monde n'est pas un problème de production. C'est un problème de répartition de la propriété foncière. C'est ce qu'a montré le prix Nobel d'économie indien Amartya Sen. Il existe plusieurs régions qui exportent des denrées agricoles, mais dont la population meure de faim ou est en état de malnutrition (Inde, Brésil, Erythrée, ...).

De plus, en subventionnant les récoltes dans les pays du Nord exportées vers le Sud, on déséquilibre les marchés locaux des pays du Sud et on force les paysans qui le peuvent à arrêter les culture vivrières pour passer à des culture de rentes. Les autres se retrouvent dans les bidonvilles comme ça s'est vu depuis les débuts de la révolution verte qui est tant vantée par les promoteurs de la révolution génétique !

Ce n'est pas par hasard, si les indiens ont participé à la destruction de plants de riz au CIRAD. Ils avaient 100 000 variétés de riz au début du siècle. Maintenant, 90 % du riz est fait avec 10 variétés. De même, les OGM ont très peu de diversité et les petits paysans indiens ne pourront pas les acheter. Ils seront donc les employés des semenciers du Nord qui veulent se mettre en amont de la chaîne alimentaire mondiale. Voilà comment continue l'industrialisation de l'agriculture. De toute façon, même si ils continue à coté avec leurs variétés locales, ils seront pollués et perdront des procès contre les grands semenciers occidentaux

BC : De plus en plus contestés dans les pays du Nord, les industriels spécialisés dans les biotechnologies se tournent vers les pays du Sud pour les convaincre de l'intérêt des OGM. La promotion des cultures transgéniques passe par différentes opérations se présentant comme des actions de solidarité Nord-Sud, alors que l'objectif est toujours le même : le profit. Ainsi Monsanto invite Mme Wambugu dans ses laboratoires et qu'elle fait des interviews dans des revues scientifiques (La recherche, News Scientist).

HLM J'ai pu consulter le décompte des apports de plusieurs personnes à un projet de transfert de technologie. Monsanto mettait en premier son apport sous la forme des frais d'avocat pour négocier le contrat de licence de brevet. L'accueil des stagiaires était juste dit pour mémoire tant il est négligeable.

Question : Mais les OGM diminuent notre immunité. C'est prouvé. Donc quand ils nous auront vendu les problèmes, ils viendront nous vendre les solutions ; les médicaments.

BC : je ne sais pas à quelle étude vous faîtes allusion, mais actuellement, on ne sait pas prouver l'innocuité des OGM en général, ni, bien sûr leur caractère systématiquement nocif. Il faut donc prendre les OGM un par un. Certains sont allergènes, par exemple.

Question ; Si un paysan se trompe, c'est pour ses pieds. Si c'est un chercheur, il n'est pas atteint. Les chercheurs ne se rendent pas compte qu'ils sont complices De toute façon, ils veulent nous vendre leurs technique et leur monde. Je n'en veux pas.

BC  : Il ne faut pas généraliser. Chez les chercheurs, il y a de tout, comme dans tous les milieux. Je passe beaucoup de temps dans mon syndicat (le SNCS) pour défendre l'indépendance des financements de la Recherche. Pourquoi ne vous mobiliseriez-vous pas pour cela ? Depuis quinze ans, les pressions sont de plus en plus fortes pour que les recherches soient orientées vers des applications à court terme, enjeux de concurrence internationale.

HLM : je ne m'attendais pas à ce que le débat soit tellement orienté sur la recherche.

GK : On l'a vu avec Pusztaï qui a montré que des rats avaient des retards de développement. Il a décrit ses résultats sur une radio. Le lendemain, il était licencié et son laboratoire était mis sous scellés. On voit bien que du débat sur la santé, on arrive naturellement au débat sur la recherche. Je en suis pas contre les chercheurs. Je suis contre la recherche telle qu'elle se fait et les paradigmes sur lesquels elle se construit. Henri Atlan a bien montré que le tout-génétique est stupide. La différenciation cellulaire montre qu'une information linéaire ne peut expliquer le tout. Je suis de la génération qui a lu et aimé " L'homme unidimensionel " de Marcuse. La vie ne se réduit pas à la génétique. La prédisposition à la maladie existe. Mais elle n'est pas tout. C'est le milieu, le type de vie, les pollutions, ... qui font que vous développerez une maladie ou pas. Mais, là, ça rapporte.

Dans un séminaire à la Commission du Génie Biomoléculaire (CGB), j'ai mieux compris comment fonctionne la Recherche. Au début, des chercheurs seniors parlaient. Ils étaient tous des chercheurs de terrain. Un chercheur d'Avignon nous a dit que si une abeille apporte le pollen à deux kilomètre, il a pu prouver que du transfert de pollen par les abeilles (qu'ils appelait un flux ; ça fait plus neutre) se fait quand même à douze kilomètres. Puis, la jeune génération est venue. Il avait fait un modèle sur ordinateur du flux de gènes. Et il disait que ça ne pouvait pas aller au-delà de 5 kilomètres. Mais il ne sortira rien d'autre de son ordinateur que ce qu'il y a entré ! Je lui ai dit que certains terrains sont très différents, le vent préfère certains couloirs, ... Il m'a répondu que si je lui donnais ces données, il pourrait les entrer dans son ordinateur et faire la simulation. Mais ce chercheur là, il est dans le virtuel. Il n'est pas dans le monde, la vie. Et après, on prendra une sacrée baffe à cause d'eux.

BC : Je partage votre avis. Le fait que la jeune génération soit sélectionnée parmi ceux qui s'adaptent le mieux au système, participe aux modifications du milieu scientifique. C'est cela qu'il faut critiquer. Si une majorité de citoyen se lève, il y aura une réorientation de la Recherche pour qu'il y ait moins de liens avec des intérêts privés, plus d'indépendance de la Recherche afin d'obtenir des expertises plus objectives.

HLM : Et limiter certaines recherches ?

BC : peut-être.

Question : Génoplante est un organisme finalement privé financé à 70 % par l'État. Ce n'est pas normal. En fait, on ne cherche rien. On ne fait que découvrir ce qui préexistait.

BC : Je ne suis pas d'accord avec cette affirmation mais concernant certains projet où l'Etat finance, en majorité, et une entreprise récolte les fruits, je peux citer Bioavenir, qui était un projet où Rhône-Poulenc était associé. De nombreux laboratoires et chercheurs publiques menaient des recherches et Rhône-Poulenc centralisait les résultats sans en informer tous les partenaires. Conclusion : Rhône-Poulenc a déposé 30 brevets et quelques rares brevets en copropriété avec l'INSERM qui est le seul organisme à s'en être préoccupé. Des chercheurs du SNCS se sont mobilisé contre ce projet mais il a tout de même été réalisé. Vous voyez que les chercheurs essaient de s'opposer à certaines orientations mais c'est vraiment difficile.

HLM: Il me semble qu'il n'y a pas forcément de contradiction entre les deux positions. Je crois que presque tout le monde sera d'accord pour dire qu'il est un premier prérequis que la recherche publique soit plus indépendante. Cependant, déjà, cela veut dire que l'État donnera à volonté des chercheurs et de l'argent à la Recherche ... Supposons que l'on soit dans ce monde idyllique. Les recherches sont-elles toutes bonnes ?

Je donne souvent l'exemple de chercheurs qui pensaient qu'un gène permettait de contrôler l'expression de ce que ce soit une patte ou une aile chez le poulet. Ils ont fait l'expérience et ça a marché. C'est la version scientifiquement correcte qui a été publiée sur le site toile de leur université. Concrètement, ils ont fait un embryon de poulet à quatre pattes ! Déjà plus discutable ! Et ils disaient que c'était de la Recherche pure et fondamentale. Sauf que le lendemain, un industriel a dit que ça l'intéressait car les pattes se vendent plus cher que les ailes chez la poulet.

Depuis, je ne crois plus en la séparation entre Recherche pure et fondamentale et les pires déviations du système.

BC : J'ai entendu le philosophe F. Dagognet qui était invité par l'INSERM à faire une conférence. Il disait qu'il n'y avait pas assez de donneurs d'organes et il proposait que l'Etat oblige les prélèvements d'organes. Il s'est également prononcé pour le clonage thérapeutique. Nous étions tous surpris de ces positions. Les positions les plus extrêmes sont souvent proposées par d'autres que les biologistes.

HLM : M. Dagognet est favorable à la nationalisation des corps. Il a donc dépassé l'appropriabilité du vivant. Il faut rappeler que si l'on a un accident, à moins d'en avoir fait la déclaration dans un fichier, tout organe peut être pris sur notre corps. En fait, les médecins n'appliquent pas vraiment cette mesure, mais la nationalisation est déjà en bonne voie ! Je crains que ce ne soit les spiritualistes comme M. Dagognet, qui, en mettant au dessus l'aspect culturel, intelligence, et donc subrepticement, en dévalorisant l'aspect être-de-chair, en arrivent à préparer n'importe quoi. Comme l'a expliqué I. Rieusset-Lemarié dans une conférence dont le compte-rendu est sur le site www.OGMdangers.org, deux clones sont, pour le biologiste, comme deux jumeaux. Mais pour la famille, deux clones seront deux êtres faits pour être pareils. L'intentionnalité des "parents" marque les enfants du sceau indélébile d'une volonté à laquelle ils ne pourront pas échapper. Actuellement, quand deux parents veulent un enfant pour reprendre le magasin, ... ils savent que l'enfant pourra toujours leur refuser, ... choisir sa vie. C'est donc bien à la place de la liberté qu'on a affaire derrière ces histoires de clonage.

GK : Aujourd'hui, pour qu'une plante soit commercialisée, il faut qu'elle soit inscrite au catalogue officiel des semences. Je suis dans une association qui promeut la conservation de la biodiversité, Kokopelli. Nous avons plusieurs milliers de semences différentes. Or, l'inscription dans le catalogue officiel nécessite 1400 francs par variété et par an ! L'entreprise qui le faisait avant était donc dans l'illégalité à vendre des semences que des générations de paysans avaient mis au point, par la sélection variétale. Et ce problème se pose de la même façon avec les COV dont il a été parlé.

Question : Je ne sens pas une opposition entre chercheurs et agriculteurs. Je travaille en anthropologie et je pense pouvoir vous proposer des programmes allant dans le sens que vous décrivez.

GK : Je suis partant. Ce que je veux, c'est critiquer la Recherche quand elle est linéaire, ne croît pas à nos recherche sur l'agriculture biologique, ...

Ainsi, Sur la vache folle, qui serait un sujet en soi, au Royaume-Uni, il y a 5% de risque avec l'injection d'hormones de croissance. En France, il y a un risque de 2 pour mille à l'ingestion d'une hormone de croissance. Il faut rappeler que tous les vaccins sont faits avec de la viande de boeuf importée des EUA où l'on nous dit qu'il n'y a pas de vache folle, mais même des cerfs dans des réserves l'ont développée ! J'avoue ne pas y croire.

BC : J'ai été contactée par un journaliste qui voulait réaliser un film montrant qu'une argile verte pouvait aider à soigner le choléra à Madagascar. Ce journaliste avait le plus grand mal à faire passer son reportage car cela risquait de mettre en cause l'image de la santé telle qu'on la voit par le biais de la publicité des sociétés pharmaceutiques. Il est vraiment important que nous luttions pour des recherches pluralistes.

HLM remercie les intervenants ainsi que les personnes présentes dans la salle qui ont fait de cette soirée une discussion très enrichissante et espère qu'un tel dialogue pourra se continuer.

>>> Retour au répertoire Compte-rendus de conférences

>> entrée du répertoire Actions

 

> page d'accueil du site OGM dangers