OGM : où en sommes-nous ?
L'Ecologiste
Juin-août 2026
O. Leduc (OGM dangers), J. Dubois (Pollinis).
Chaque cellule des organismes vivants (bactéries, plantes, animaux) contient des molécules d’ADN. Celles-ci renferment l’information génétique nécessaire à la fabrication des protéines qui assurent les fonctions biologiques (respirer, transporter l’oxygène, dégrader des graisses etc). À partir des années 1970, de nouveaux outils ont permis à des chercheurs et des entreprises de modifier l’ADN des cellules afin de transformer des protéines et donc des fonctions biologiques. Il est ainsi devenu possible, par exemple, de modifier une cellule de colza pour lui faire produire une protéine la rendant tolérante à un herbicide, puis de générer avec des mutations supplémentaires une plante entière de colza tolérante à cet herbicide. Celle-ci peut ensuite être vendue par des industriels. C’est un organisme génétiquement modifié (OGM).
Des OGM jusqu’ici relativement contenus en Europe
Sous la pression d’écologistes et de scientifiques, la Commission européenne, en 1990, puis en 2001, a choisi d’imposer aux OGM 1) une évaluation des risques, 2) la publication d’une méthode de détection 3) des étiquettes jusqu’au consommateur 4) un suivi post-commercialisation et enfin 5) une possibilité d’interdiction nationale de la culture. Par construction, les États n’ont pas le droit d’interdire l’importation d’OGM puisque c’est du ressort de l’Union européenne.
Ces directives européennes sont une première victoire qu’il faut saluer, car nombreux sont ceux qui ont tenté de nous décourager. Concrètement, il n’y a pas eu de culture d’OGM en Europe, sauf en Espagne et au Portugal pour du maïs destiné à l’alimentation animale. Et ces surfaces agricoles sont aujourd’hui en baisse.
Ainsi, si l’on retrouve de grandes quantités d’OGM dans l’alimentation animale européenne, celles-ci proviennent essentiellement de tourteaux de soja importés. Mais l’on n’en trouve presque pas dans l’alimentation humaine.
Il existe par ailleurs des plantes irradiées ou mutées avec des agents mutagènes chimiques. Ce sont bien des OGM, mais ils sont exemptés des obligations de la directive OGM (2001/18).
Risques posés par les OGM ?
Les risques sanitaires existent. De façon générale, chaque modification génétique a aussi des conséquences sur d’autres fonctions biologiques que celle annoncée. Ensuite, les risques dépendent de chaque OGM et de chaque modification génétique. Dans le cas d’une plante dont l’ADN est modifié pour la rendre tolérante à un herbicide, l’herbicide est d’abord rendu inactif pour la plante, mais il ne disparaît pas : il est décomposé par la protéine issue de la modification génétique. Avez-vous envie de manger ces sous-produits d’herbicide ? Non bien sûr.
Débattre des multiples risques sanitaires revient souvent à se mettre sur le terrain scientifique et technique de la biologie moléculaire, difficilement accessible au citoyen. Or la biologie moléculaire est réductionniste : elle ne voit pas les grandes lignes, seulement des nucléotides et des atomes. Mais le vivant ne peut pas être réduit à une mécanique. Tout rétroagit avec tout. On voit ici une limite intrinsèque de la vision réductionniste de la science moderne.
D’autre part, même s’il existait un OGM ne présentant aucun risque sanitaire (ce que personne ne pourrait prouver), celui-ci comporterait d’autres risques, économiques et juridiques. En effet, l’agriculteur doit chaque année racheter ses semences au semencier, car celles-ci sont possédées par le biais de brevets sur des séquences génétiques insérées dans leur ADN. Le risque de dépendance économique vis-à-vis du semencier est donc fort.
Peut-on déposer des brevets sur des parties d’organismes vivants ?
Oui. Une directive européenne (1998/44 CE) prévoit la possibilité de déposer un brevet sur une séquence associée à une fonction biologique. L’article 3 de la directive 98/44 énonce qu’« une matière biologique isolée de son environnement naturel ou produite à l’aide d’un procédé technique peut être l’objet d’une invention, même lorsqu’elle préexistait à l’état naturel. ». En clair, le seul fait d’isoler un gène, même s’il existait déjà à l’état naturel, le rend brevetable. Il est donc légal de déposer des brevets, même sur des gènes découverts dans la nature. Cela pose d’immenses problèmes, sur lesquels nous reviendrons dans un prochain article consacré aux nouveaux OGM.
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