OGM et art

Quel rapport peut-il y avoir entre une réflexion sur les OGM et l'art ?

Il faut certainement commencer par rappeler que l'art est aussi le reflet de la façon dont la société se pense elle-même et pas seulement de ce qu'elle est. Ce n'est certainement pas par hasard si l'art du XX ème siècle se veut fonctionnel, lisse, de verre et de béton. On retrouve bien là l'orientation utilitariste (fonctionnel), d'un monde qui ne veut pas d'accroc (lisse), qui se veut froid (de verre), mais aussi hyper solide (de béton). C'est particulièrement vrai pour l'architecture, mais ca l'est aussi pour les arts picturaux, même si cela mériterait d'être discuté. Mais notre sujet n'est pas l'histoire de l'art.

Quel est alors le rapport entre les OGM et l'art ?

La meilleure réponse est dans la "performance" de Eduardo Kac. Notons que les "artistes" ne parlent plus d'oeuvres ni de chef d'oeuvre (ce serait trop élitiste et dans une démocratie égalitariste, le beau est considéré (à tort ?) comme l'ennemi du peuple), mais de performance. Ces « artistes » s'inscrivent ainsi bien dans un monde qui recherche le sensationnel qui, par essence se sait condamné. On pourrait alléguer qu'il s'agit là de la manifestatoin d'un désarroi par rapport au temps ...

Revenons à Eduardo Kac. Fasciné par les promesses des biotechnologies (il serait intéressant de savoir si les biotechnologues ne sont pas aussi fascinés ... comme des démiurges), cet "artiste" est entré en contact avec Louis-Marie Houdebine (Institut National de la Recherche Agronomique INRA Jouy-en-Josas) pour lui demander de fabriquer un lapin transgénique qui aurait un gène issu de la luciole qui lui ferait émettre une protéine (luciférase) qui est visible aux ultraviolets. L'objectif était de « mettre en lumière » le corps ... Le jeu de mots peut faire sourire mais, outre que l'expression est celle de M. Kac, l'individu prête plus à se lamenter.

Non, il ne s'agit pas d'une blague qui, d'ailleurs, ne serait pas drole du tout.

M. Houdebine, qui voulait « engager une réflexion sur ce sujet » (propos tenus lors d'un débat avec lui), c'est à dire nous y habituer petit à petit, a accepté et a fabriqué un tel lapin. Des photos sont même parues dans Le Monde et l'INRA a prêté ce lapin à M. Kac pour une rencontre d'« artistes » où il a pu montrer son "monstre" comme l'auraient fait les bateleurs de foire du XIX ème siècle.

Il a ensuite fait un article médiatisé pour demander que ce lapin rejoigne « sa famille », c'est à dire M. Kac qui consièdre surement qu'il en est le père ... puisqu'il la voulu (on ne veut qu'un objet et pas un enfant sauf à être fou). M. Houdebine affirme que l'INRA s'est fait rouler, mais on peut se demander si traiter avec un tel fou n'est pas un symptome ... de folie.

Retenons que cet "artiste" révèle bien un certain objectif démiurgique derrière les biotechnologies.

Voilà plusieurs liens sur ce sujet avec quelques commentaires :

http://www.transfert.net/dossier.php3?id_mot=52 la page du site transfert sur art et techhnologies; Hélas, ce site s'est arrêté en 2003. Mais la liste de leurs pointeurs est intéressante. (existe en version cache. Nous demander).

On pourra aussi consulter la page sur le technoromantisme.

Merci de nous dire vos commentaires.

Quelques citations :

« C'est précisément la réflexion que je voulais susciter. L'idée que nous ne pouvons pas être nouveau. Pour avoir notre propre intégrité, nous devons vivre et nous ne sommes pas immortels. Alors que la machine peut conserver son intégrité indéfiniment, si elle n'est pas utilisée »
Jeff Koons cité dans Jeff Koons, Hans Werner Holzwarth, ed. Cologne, 2009. La version anglaise est « That's what I wanted you to thinck about, how you can't be new. To have your own integrity you have to live and you're nos immortal. But here the machine can just have integrity forever by not participating.».
Ici, il commente son envie de questionner la durabiltié des objets ménagers (aspirateurs, etc) que vendaient son père. Où l'on voit que la motivation est la peur de la mort que cet "artiste" est prêt à payer du prix de la mise sous cloche. Le fait qu'il préfère l emodèle du produit industriel par opposition à « l'existence humaine telle qu'elle est donnée, cadeau venu de nulle part (laïquement parlant) et qu'il veut échanger, en l'état, contre quelque chose qu'il a fabriqué lui-même.» (H. Arendt)

"Il y a une intention nette, qu'il faut avoir aujourd'hui plus que jamais, de s'opposer à toutes formes de force émanant d'un pouvoir politique qui fait du dirigisme, qui centralise".
Jean Tinguely 1982 [1]. Remplacer un État centralisé par la liberté du marché et du narcisissme peut être un objectif ! Bien sûr nous ne défendons ni le centralisme, ni le narcissisme (cf. C. Lasch ou JC Michéa).

Références

[1] propos recueillis par Jean-Pierre van Tieghem RTBF, repris in Pontus Hulten, Jean Tinguely. Une magie plus forte que la mort, Le chemin vert (Ed) 1987, ainsi que dans "Et tous ils changent le monde" 1993

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